Construite dans les années 60 au cœur du quartier de la Pallasse, à Toulon, la résidence Fleurs des Champs se compose de deux bâtiments regroupant 134 logements. La coopérative Grand Delta Habitat en a fait l’acquisition auprès d’un propriétaire privé fin 2019, pour conforter sa dynamique de développement dans le Var. Avec une priorité : améliorer le confort d’habitat des occupants, hiver comme été, tout en réduisant leurs consommations énergétiques. « Du fait des interdictions de mise en location des passoires thermiques, l’étiquette énergétique devient un axe majeur dans la définition de notre programme de rénovation, explique Caroline Aron Sabatini, responsable du pôle Maîtrise d’ouvrage à la direction du Développement de Grand Delta Habitat. Pour la résidence Fleurs des Champs, l’objectif était aussi de maintenir les loyers déjà relativement modérés pour les locataires en place. »

Le maître d’ouvrage a ainsi fixé un objectif majeur dans son appel d’offres : réaliser un « saut d’étiquette » de D à C. Pour mener le chantier, son choix s’est porté sur une équipe de conception-réalisation composée de Bouygues Bâtiment Sud-Est et de l’agence toulonnaise H.A Architectes. A l’intérieur des logements, de nombreux travaux de modernisation ont été réalisés : remplacement des chaudières à gaz individuelles, mise aux normes de l’électricité, changement des têtes thermostatiques des radiateurs et des colonnes d’eaux usées, installation de la VMC, passage au double vitrage sur toutes les menuiseries, et reprise des revêtements de sols et des peintures dans les pièces humides.

Le gros de l’effort s’est porté sur l’enveloppe du bâtiment, afin de supprimer les importantes déperditions thermiques mais aussi d’apporter un meilleur confort d’été dans cette région très ensoleillée. Dans les deux bâtiments, la toiture et les planchers hauts des caves ont été isolés. En façade, « l’isolation thermique par l’extérieur (ITE) était la solution la plus intéressante en termes de performance, mais aussi pour faciliter le travail en site occupé, relève Laetitia Alba, cogérante de l’agence H.A Architectes. Pour améliorer le confort d’été, en plus de l’ITE nous avons aussi renforcé les protections solaires sur les façades exposées sud-est, avec le remplacement si besoin des stores-bannes existants au niveau des salons, et la création de brise-vues devant les chambres. »

Pour le choix des solutions d’ITE, il a fallu faire avec deux contraintes. La première était architecturale : plusieurs compositions en faïence mosaïque bleue étaient visibles en façade, sur les têtes de refend, les pignons, et les murs des halls d’entrée. Après concertation avec l’architecte-conseil de la ville, ces éléments remarquables ont été conservés à l’identique. Le périmètre de l’ITE a dû être légèrement adapté, sans grande incidence sur la performance d’ensemble : « Les mosaïques donnaient pour la plupart sur les espaces extérieurs des logements : seuls quelques fonds de loggia n’ont pas pu être traités, souligne Nolwenn Montagny, en charge du projet au sein de l’agence H.A Architectes. Nous avons travaillé avec le bureau d’études pour adapter l’isolation et assurer la performance globale de l’enveloppe. »

La seconde contrainte était réglementaire, avec l’obligation de choisir des isolants conforme à la réglementation incendie. Le service prescription de Sto a été sollicité pour apporter son conseil technique, et définir les solutions d’ITE les mieux adaptées. « Pour le bâtiment en R+10, on se situe au-delà du seuil de hauteur de 28 m : la réglementation impose de traiter l’intégralité de la façade en laine minérale. Sur le bâtiment en R+4, il a été possible d’utiliser des panneaux isolants en polystyrène expansé, avec des bandes de recoupement en laine de roche pour prévenir la propagation du feu en façade », précise Janos Kulcsar, chargé de prescription Sto pour la région PACA. A chacun de ces isolants correspond une solution d’ITE Sto : StoTherm Vario 4 sur Sto-Panneau PS15SE pour les façades traitées en polystyrène, et StoTherm Mineral 1 pour les parties protégées par la laine de roche, dans les deux cas avec une fixation en calé-chevillé. Concernant l’enduit de finition, si les coloris et la granulométrie est identique sur les deux bâtiments, là encore ce sont deux formulations différentes qui ont été utilisées, selon les performances au feu requises : Stolit K sur les parties traitées en laine de roche, et Ispolit K pour celles isolées en PSE.

Pour l’entreprise en charge de l’application, tout l’enjeu a été d’adapter la mise en œuvre au support. « Pour respecter les contraintes architecturales, nous avons arrêté l’ITE au droit des mosaïques. Or, ces dernières n’étaient pas toujours de niveau : il a fallu ajuster les angles de découpe au cas par cas », témoigne Hamza Graouna, responsable des études de l’entreprise Provence Ravalement Peinture (PRP). Il a aussi fallu composer avec les moulures présentes sur certains encadrements de fenêtres, en entaillant les panneaux isolants pour les faire coller au support et éviter tout pont thermique. Un autre point de vigilance a concerné la finition, avec un jeu d’alternance de couleurs entre façades et encadrements de fenêtres. « Le calepinage a été très précis pour bien respecter les plans de l’architecte », poursuit Hamza Graouna.

Achevée en octobre 2022, la réhabilitation a été l’occasion de « donner un nouvelle jeunesse » à la résidence, résume Caroline Aron Sabatini pour Grand Delta Habitat. Au sein de l’agence H.A Architectes, Laetitia Alba y voit un exemple de « réécriture moderne, qui respecte l’histoire du bâtiment ». Le contrat est en tout cas réussi au plan thermique, avec l’obtention d’une étiquette C qui a déjà permis d’améliorer sensiblement le confort d’usage des habitants.

« La réhabilitation a permis d’améliorer l’étiquette énergétique des bâtiments et le confort d’habitat, sans les nuisances d’une construction neuve. Elle a été l’occasion de donner un second souffle à la résidence, sans augmenter les loyers pour les occupants. »
« En phase de conception, nous avons pu nous appuyer sur les qualités structurelles de ce bâtiment, avec une bonne inertie due au béton, tout en corrigeant la problématique thermique via l’ITE et l’ajout de protections solaires. Le résultat est une réécriture moderne du bâtiment, qui respecte son histoire et ses éléments remarquables en façade. »