Au sud de l’Île de France, le Conseil départemental de l’Essonne mène un programme de création de quatre collèges pour répondre à la croissance des effectifs. Le premier de ces nouveaux établissements a été ouvert en septembre 2024 à Massy, sur le site de Vilgénis : un écrin de verdure de 22 ha, protégé en Espace Boisé Classé (EBC), où était installé un centre de formation d’Air France.
Pour limiter l’impact environnemental du projet, la maîtrise d’ouvrage a d’abord cherché à conserver le maximum de bâti existant. « Nous avons pu préserver deux des anciens bâtiments : un auditorium qui a été restauré et intégré au collège, et le restaurant qui a été transformé en cinq logements de fonction pour les personnels, précise Kamel Rahim, chef de projet à la direction de la Construction et de la Maintenance des bâtiments au Conseil départemental de l’Essonne. L’objectif était aussi de maintenir les qualités paysagères du site, avec un chantier qui préserve au mieux la végétation existante. »

Cette politique environnementale volontariste a aussi guidé la conception des 7 200 m2 du collège. Bien que lancé en RT2012, le projet a anticipé les exigences de la RE2020, avec des consommations énergétiques maîtrisées et une empreinte carbone réduite qui lui permettent d’atteindre le niveau E3C1 et le label Biosourcé niveau 3. « Le souhait du Conseil départemental de l’Essonne était de privilégier les matériaux à faible impact environnemental, ce qui a été fait avec la structure mixte utilisant sur un socle béton des façades et des planchers bois, pointe Kamel Rahim. La performance énergétique repose quant à elle sur la qualité de l’enveloppe thermique du bâtiment et sur la mise en place d’une GTB pour adapter le fonctionnement aux besoins et aux conditions extérieures. »

Au sein du groupement lauréat, porté par l’entreprise générale Urbaine de Travaux, le cabinet d’architecture Ameller Dubois a concilié les objectifs paysagers, environnementaux et énergétiques en travaillant l’orientation du bâtiment et ses façades. « Le collège s’organise autour d’une cour végétalisée où trône un cèdre remarquable : sa forme en U permet de tourner le dos à la rue pour éviter les nuisances sonores et l’effet d’îlot de chaleur, tout en ouvrant la vue vers la vallée et les bois, explique Paul Pressensé, l’architecte chargé du projet au sein de l’agence. L’idée d’un bâtiment tout en courbes est venue presque naturellement, de ce lien à la nature. »

L’écriture des façades tient aussi compte des ambitions environnementales du projet. Sur toute la longueur des étages, de grandes baies permettent de maximiser les apports de lumière naturelle dans les salles de classe. « Ce ruban vitré qui tourne autour du bâtiment donne une fluidité à la façade, poursuit Paul Pressensé. Nous avons encore accentué cette dynamique en créant un effet de glissement des volumes, avec des étages en ossature bois qui viennent comme se poser sur le socle béton. »

L’enjeu a ensuite été de concilier le choix de façades en ossature bois avec les impératifs de sécurité incendie spécifiques aux ERP, particulièrement aux établissements scolaires. Le choix du groupement s’est porté sur la solution StoTherm Mineral COB de Sto, qui met à disposition de la construction bois les avantages de produits minéraux incombustibles : la laine de roche pour l’isolation, et un enduit de base minérale pour la finition. Le système bénéficie d’un ATEx exclusif à Sto, qui autorise la mise en oeuvre d’une ITE sous enduit sur une construction bois, grâce au recours à la laine de roche et à des composants minéraux pour la finition. La géométrie singulière du projet de Massy a cependant représenté un défi technique supplémentaire : créer des courbes dans l’ITE sur ce support bois

Les habillages ont eux été réalisés par l’entreprise Diagonale Façades, qui a choisi de préparer les pliages et les soudures en atelier pour suivre très précisément les cintrages réalisés par ARTIB. Conçu spécialement pour le projet, le profil en tête d’épingle habille l’ensemble des jonctions horizontales du bâtiment : le joint de fractionnement qui désolidarise le socle béton des étages en ossature bois, les lignes de départs d’enduit positionnées en haut et en bas des baies, et les ouvrages qui participent à l’étanchéité comme les bavettes et couvertines.

Ce travail tout en finesse des façades a été récompensé par le trophée « Un avenir responsable », décerné par Sto, à l’occasion de ses 50 ans, à un trio composé d’ARTIB, d’Ameller Dubois et du bureau d’études Scoping. « C’est avant tout l’implication des entreprises de travaux qui a permis la qualité et la précision des courbes, pour l’isolant comme pour les habillages », fait remarquer l’architecte en charge du projet Paul Pressensé. Pour le Conseil départemental de l’Essonne, Kamel Rahim note pour sa part « la belle qualité générale de réalisation, des entreprises comme de l’agence d’architecture », mais aussi « l’intégration harmonieuse du bâtiment dans son environnement. Les solutions mises en œuvre en façade ont permis d’avoir un résultat fidèle au projet initial choisi par le jury du concours, que ce soit au niveau de la colorimétrie ou des matériaux. »

L’entreprise en charge de la façade, ARTIB, a procédé à des tests pour trouver les solutions de cintrage les plus adaptées, avec le soutien de l’entreprise générale, de la maîtrise d’œuvre et du service technique de Sto. « La laine de roche est un isolant rigide, pas simple à modeler : au final, nous avons choisi de réaliser à l’arrière des panneaux de petites entailles pour former l’angle souhaité, en veillant à ne pas créer de fissurations pour ne pas entamer la performance thermique du produit, ni sa résistance au feu », détaille Naim ben Yaala, président d’ARTIB. La technique a été appliquée sur tous les angles du bâtiment, avec cinq rayons différents selon la taille et l’emplacement des ouvrages concernés.

La finition a aussi exigé une mise en œuvre très soignée. Le choix de la maîtrise d’œuvre s’est porté sur un enduit minéral ton pierre, et le plus fin de sa catégorie, le Stolit K1, avec là encore un véritable défi technique. « Plus l’enduit est fin, plus fort est le risque de faire ressortir les défauts du support, qui plus est sur de la laine de roche qui n’est déjà pas l’isolant le plus lisse du marché. Il fallait aussi limiter les opérations de ponçage puisqu’avec des panneaux de 60 mm d’épaisseur en ITE, on est déjà à la limite », se souvient Naim Ben Yaala. Les équipes d’ARTIB ont répondu à ces contraintes en travaillant très minutieusement la sous-couche. Après chaque application, les compagnons ont utilisé la règle de maçon pour racler les surplus, jusqu’à obtenir la surface la plus régulière possible. Ils ont ensuite mis en œuvre l’enduit de finition avec un effet taloché.

« L’implication des entreprises de travaux a permis la qualité et la précision des courbes. »

« Ce projet a montré le savoir-faire de nos équipes, qui ont réalisé plusieurs tests afin de déterminer la meilleure technique pour arrondir les panneaux. »
