Près de la gare Saint-Jean de Bordeaux, les tours Wood et Stone accueillent depuis le début de l’année 2024 les premiers occupants des 72 logements construits à l’initiative d’Icade Promotion. Le programme est complété par un parking aérien de 492 places, mutualisé à l’échelle du quartier à la demande de l’aménageur OIN Bordeaux Euratlantique. Une autre exigence a concerné les façades, avec la demande d’un aspect minéral sur les trois bâtiments, pour s’inscrire dans l’identité architecturale de la ville. Ce parti-pris esthétique n’a pas eu d’incidence sur la conception de la tour Stone ni sur celle du parking, dont les façades sont en béton. Pour la tour Wood en revanche, l’enjeu a été d’identifier un parement compatible avec l’un des choix forts du promoteur, celui d’une structure en bois pour cet immeuble en R+10. « La volonté d’Icade est de développer le bâtiment décarboné et particulièrement les solutions biosourcées, pointe Cédric Bach, directeur technique Icade Promotion Ouest et Sud-Ouest. Pour la tour Wood, la structure est principalement constituée de panneaux de bois lamellé croisé (CLT), autour d’un noyau central en béton.

En liaison avec l’agence COSA Colboc Sachet architectures, Icade a envisagé plusieurs options de parement avant de trancher pour une finition sous enduit (ETICS), pour des raisons techniques et esthétiques. « Un premier avantage est la légèreté du système, qui permet de préserver une structure quasiment en 100 % bois là où les solutions en façade ventilée, comme la pierre agrafée, auraient nécessité de renforcer la part du béton, souligne Benjamin Colboc, architecte et cofondateur de l’agence COSA. L’enduit permet aussi de reproduire fidèlement la teinte blonde de la pierre de Bordeaux, en écho au centre historique de la ville. »

L’équipe du projet s’est alors tournée vers Sto pour définir une solution adaptée. Avec StoTherm Mineral COB, le fabricant disposait déjà d’un système d’isolation thermique par l’extérieur (ITE) spécifique à la construction bois, mais pour des bâtiments jusqu’à 9 m de haut. L’adapter pour des immeubles de troisième famille, jusqu’à 28 m de haut pour le plancher bas du dernier niveau, demandait d’obtenir une appréciation technique d’expérimentation (ATEx), avec la réalisation de tests drastiques de résistance à la pluie, au vent et au feu : Icade, en partenariat avec Sto, a pris la décision de financer ces travaux. Le promoteur a même accepté d’élargir le champ d’application de l’ATEx, pour que le procédé soit reproductible et qu’il puisse couvrir à la fois les bâtiments en CLT porteur et ceux construits en façade à ossature bois non porteuse. « C’est notre pierre à l’édifice pour le développement de la filière, en facilitant le recours à l’enduit minéral pour les structures bois de moyenne hauteur, explique Cédric Bach. Nous avons aussi choisi de mener ce chantier pilote en corps d’état séparés, pour rendre la solution accessible au plus grand nombre d’entreprises possibles. »

Avec StoTherm Mineral COB, l’isolation thermique par l’extérieur se fait en laine de roche, un produit incombustible qui limite le risque de propagation du feu. Les enjeux de l’ATEx ont été d’assurer, en complément, la parfaite étanchéité du bâtiment et la pérennité de la finition enduit. La collaboration entre Sto, Icade, COSA et le bureau d’études Ingeneco a ainsi permis de mettre au point des solutions innovantes. Pour prévenir toute infiltration d’eau et éviter les propagations de feu accidentelles, des précadres métalliques soudés ont été mis en œuvre au-devant des fenêtres, associés aux profils d’arrêt de menuiserie Perfekt de Sto. « Ces produits à effet télescopique offrent une jonction souple avec l’enduit, ce qui permet d’absorber les variations dimensionnelles du métal sous l’effet des températures, détaille Jean-Philippe Ndobo, directeur technique de Sto France. La solution a aussi l’avantage d’éviter la mise en œuvre de mastics autour des menuiseries et leur entretien. »

Matériau vivant, le bois peut lui aussi connaître d’importantes variations dimensionnelles au fil des ans. L’ATEx y répond en prévoyant un recoupement horizontal tous les deux niveaux, en mesure d’absorber le travail du CLT. Le bâtiment peut ainsi vivre librement, sans que se créent des zones de fragilité en façade. La maîtrise d’œuvre a joué sur cette contrainte en matérialisant ces recoupements par des bavettes marquées, comme autant de modénatures qui rythment la tour sur toute sa hauteur. Les profils utilisés pour ces bandeaux - modèle StoDeco Line K - sont de la même couleur que les précadres, « pour donner un esprit homogène à la façade », fait remarquer Edouard Dalifard, architecte au sein de l’agence COSA. Le recoupement tous les deux niveaux permet aussi d’appliquer l’enduit d’un seul tenant, sans joint, ce qui contribue là aussi à la pérennité de l’ouvrage.

Les solutions techniques mises au point dans l’ATEx ont conditionné l’organisation du chantier : les équipes de l’entreprise CEF B Ravalement, retenue pour les travaux en façade, ont d’abord positionné les éléments métalliques (précadres, bavettes) avant de mettre en œuvre l’isolant et les profils d’arrêt de menuiserie. « Les points de vigilance étaient nombreux pour assurer les jonctions horizontales et verticales entre la laine de roche et les précadres. Nous avons pu nous appuyer sur les carnets de détails de l’ATEx portée par Sto et Icade », se souvient Vagid Battalov, directeur technique de CEF B Ravalement. Une fois ces étapes réalisées, il a fallu attendre qu’interviennent les corps d’état du second œuvre - plâtriers, carreleurs - pour que le bâtiment se mette en charge : la tour de 34 m s’est alors tassée de plusieurs centimètres pour atteindre sa hauteur définitive. Ce n’est qu’ensuite que les équipes de CEF B Ravalement ont pu appliquer l’enduit. « C’est l’un des projets les plus complexes que nous ayons eu à gérer en ITE, avec une grande attention aux points singuliers à chaque étape de la mise en œuvre. L’appui technique du fournisseur a été décisif pour la réussite du chantier », poursuit Vagid Battalov.

Le résultat final est jugé à la hauteur des moyens investis sur le projet. « Tous les acteurs mobilisés ont su se coordonner et proposer les solutions les plus adaptées : il y a eu une vraie émulation ! », se félicite Cédric Bach pour Icade. « Le programme a su parfaitement résoudre l’apparente contradiction entre une structure bois et une finition sous enduit », résume pour sa part l’architecte Benjamin Colboc. Le programme bénéficie déjà de nombreuses reconnaissances, avec une certification NF Habitat HQE 9* et un label E3C2 biosourcé niveau 2 qui marque son ambition environnementale.

« La légèreté de la solution d’ITE sous enduit permet de préserver une structure quasiment en 100 % bois. »

« Grâce à l’ATEx reproductible obtenue pour ce chantier, nous voulons enrichir la filière en facilitant le recours à l’enduit minéral sur une structure bois de moyenne hauteur. »
