L’acte final de la rénovation du Théâtre de Forbach a tenu toutes ses promesses. Près de quarante ans après sa livraison, ce lieu culturel emblématique, plus connu sous son ancien nom le CAC, a bénéficié depuis 2019 d’une campagne de travaux poursuivant trois objectifs : le réaménagement fonctionnel des espaces intérieurs, l’amélioration de la performance énergétique, et une plus grande ouverture sur la ville. « Le théâtre bénéficie d’un emplacement stratégique, juste en face de l’hôtel de ville, qui le rend très visible des habitants. Comme le développement culturel est l’une des priorités de notre mandat, notre volonté avec cette rénovation était que le bâtiment soit aussi beau et esthétique que confortable, pour que les Forbachois en soient fiers ! », résume Alexandre Cassaro, maire de Forbach.

Il fallait trouver un nouvel habillage renforçant le lien entre le théâtre et les habitants, mais intégrant aussi l’ITE. Suite à un brainstorming entre les services de la ville, les architectes et les entreprises intervenant sur le chantier, l’idée est venue de reproduire un rideau de scène dans l’épaisseur même des isolants. « Une signalétique forte, qui donne une lecture de l’activité intérieure à l’extérieur, et qui reste cohérente en termes de budget », indique Raphaël Kopec, fondateur de RK Architecte, associé au groupement de maîtrise d’œuvre mené par l’agence Schweitzer & Associés Architectes.

Engagée dans un plan de réduction des consommations énergétiques de son parc immobilier, la municipalité avait validé au début des travaux le principe d’une isolation thermique par l’extérieur (ITE) sur toute la périphérie du bâtiment. La dernière façade traitée devait, à l’origine, être parée d’un mur végétalisé : un projet qui a dû être abandonné pour des raisons d’entretien régulier et coûteux, mais aussi car la météo locale ne permettait pas de maintenir un mur vert et fourni toute l’année. Un temps envisagée, la pose d’un bardage métallique a elle aussi été écartée.

Acceptée par la mairie, la proposition des architectes est soumise en juin 2022 aux équipes de Sto, à l’œuvre sur les premières ITE réalisées sur le théâtre. Le groupe mobilise alors plusieurs de ses entités afin de définir la réponse technique et esthétique la mieux adaptée aux 300 m2 de façade concernés. « Il fallait respecter les demandes des architectes, tout en adaptant le projet aux contraintes de production des panneaux et aux exigences thermiques définies pour le bâtiment, qui demande un minimum de 140 mm d’épaisseur pour les panneaux, pointe Christophe Martinez, le chargé d’affaires Sto pour ce projet. Nous devions aussi intégrer les contraintes du DTU, avec une épaisseur limitée à 300 mm, mais la possibilité de pousser ponctuellement jusqu’à 400 mm. »

Une première étape voit le service StoDesign traduire le dessin proposé par les architectes en un plan 3D, utilisant la trame des panneaux de polystyrène expansé en format standard (600 x 1 200 mm), avec des variations entre les épaisseurs pour reproduire les ondulations du rideau. Les équipes en charge du conseil technique se sont ensuite assurées que ce calepinage intégrait bien les contraintes structurelles du bâtiment, à commencer par les deux joints de dilatation présents sur cette façade. Elles ont aussi trouvé une réponse à la problématique de propagation au feu, particulièrement sensible pour les ERP, en proposant un socle en laine de roche en pied de façade. C’est enfin la filiale du groupe Sto en charge de la production des panneaux de PSE, Innolation, qui a validé la faisabilité technique et économique des usinages nécessaires, et produit un prototype de 4 m2, assemblé par le technicien d’application en charge du chantier.

Proposé au maître d’ouvrage moins de six mois après la demande initiale, ce prototype a permis de valider l’habillage en PSE et la teinte de la peinture. La production des panneaux a pu alors commencer dans l’usine d’Innolation à Amilly (45). « L’enjeu était d’être très rigoureux sur les découpes réalisées, par exemple en assurant des arrêtes bien vives sur tous les côtés pour que les pièces soient bien jointives. Nous avons aussi cherché à optimiser la production en coupant dans les mêmes blocs des panneaux positionnés à des endroits très différents de la façade, mais d’épaisseur identique », rapporte Fabrice Cochet, responsable des opérations d’Innolation. Ce travail minutieux a abouti à la production de près de 500 panneaux proposés dans 99 modèles différents : toutes les pièces ont été numérotées pour permettre leur mise en œuvre. Un véritable puzzle, dont l’assemblage a été confié à l’agence forbachoise du réseau Les Peintures Réunies SN.

« C’est la première fois que nous traitions un chantier avec des panneaux pré-usinés et un calepinage aussi précis. L’autre difficulté était de composer avec des blocs courbes, et non selon un plan symétrique et rectiligne : nous avons mobilisé nos meilleures équipes pour réussir ce défi », témoigne Toufik Brakta, conducteur de travaux pour Les Peintures Réunies. La présence des joints de dilatation a été une autre contrainte : c’est à partir de ces deux délimitations que s’est faite la pose des panneaux, avec une mise en oeuvre traditionnelle en quinconce pour prévenir le risque de fissuration. L’isolation en elle-même a été réalisée en un mois et demi par une équipe de trois personnes, avant l’étape de finition qui a mobilisé pas moins de huit compagnons.

« Là encore, l’aspect courbes des panneaux a posé un défi pour le ponçage et la réalisation des joints, puis pour la pose de la trame avant la réalisation de l’enduit et la mise en peinture. Mais le résultat a été à la hauteur de nos efforts ! », se félicite Toufik Brakta. Début mai, la nouvelle façade se révèle aux Forbachois : une découverte pour toute la ville, mise en lumière quelques jours plus tard par un éclairage nocturne qui rend plus réalistes encore les ondulations du rideau.
« Le résultat final est à la hauteur de l’enjeu défini pour la réhabilitation et l’extension du CAC de Forbach : ouvrir le théâtre sur la ville », se félicite pour sa part l’architecte Raphaël Kopec. « Nous avons déjà des retombées très positives pour la ville en termes d’image, commente le maire de Forbach Alexandre Cassaro. Il nous tarde maintenant d’inaugurer le bâtiment, sans doute début 2024, après réception des espaces extérieurs. »

« Chaque façade a été pensée avec la volonté de créer une nouvelle signalétique, pour faire interagir le bâtiment avec son contexte et faire revivre le théâtre dans la ville. »
« Notre volonté était que le bâtiment soit aussi beau que confortable, et que les Forbachois en soient fiers ! »